jeudi 5 mai 2016

Les épaves de Toulon


La Provence (coulée) et le Condorcet vus depuis le Commandant Teste (Collection Wilfried Langry)

        Le sabordage de la flotte française en novembre 1942 reste un épisode douloureux et encore controversé. Pourtant, il ne signifie pas tout à fait la fin des navires qui l’ont constituée. Comme nous allons le voir, ils n’auront pas tous le même destin final.





Le sort des épaves

             Dès leur arrivée dans l’arsenal de Toulon, les allemands prirent possession des installations afin de remettre la base navale en état au plus vite. En effet, à ce stade de la guerre, l’Axe a perdu l’initiative en Afrique et se prépare à défendre les côtes du sud de la France. Les navires de haute mer n’intéressent pas l’occupant, qui, de toute façon, n’a pas les moyens de les armer. La rade est rapidement débarrassée des mines larguées lors de l’opération Lila (occupation du camp retranché de Toulon). Les dernières charges posées par les marins français sur leurs navires sont également désamorcées.

La nécessité de relever les épaves qui encombraient les quais et les bassins se fit jour très rapidement. Les allemands et les italiens se lancèrent donc dans des opérations de renflouement d’une ampleur encore inconnue.

Une vingtaine de sociétés privées furent engagées pour réaliser ces travaux. L’Allemagne avait pour unique objectif de dégager les infrastructures de l’arsenal et la récupération de petits navires nécessaires à la défense des côtes et au bon fonctionnement de la base (navires auxiliaires, barges, remorqueurs…). Le reste des navires de guerre a été attribué à l’Italie pour son propre usage. Lorsqu’une épave était irrécupérable ou inutile, elle était démantelée sur place et l’acier envoyé par chemin de fer en Allemagne ou en Italie pour alimenter les usines d’armement. Ce sera le cas du Strasbourg, du Colbert, de l’Algérie, de la Marseillaise… Certains servirent de caserne avant leur démantèlement comme le Condorcet ou la Provence.

La Provence en cours de démontage en avril 1943 (Collection Wilfried Langry)

L'arrière de la Provence, avril 1943 (Collection Wilfried Langry)

Les italiens et la récupération des navires français

            Une partie des navires renfloués sont remis en état par les italiens. Les navires de petit tonnage sont transférés à la Kriegsmarine pour assurer la défense des côtes. La Bombarde (TA9), l’Iphigénie (TA10), La Pomone (TA11) avaient déjà été remorqués jusqu’à La Spezia et sont renvoyés à Toulon en avril 1943. Les La Bayonnaise (TA13) et La Baliste (TA12) devaient les rejoindre par la suite, mais leur remise en état ne sera jamais achevée. Du côté des avisos, les Chamois (FR53), Impétueuse (FR54), Curieuse (FR55) et Dédaigneuse (FR56) ont été renfloués et se trouvent en cours de réparation. Seules l’Impétueuse et la Dédaigneuse étaient prêtent à rejoindre l’Italie lors de la sortie de la guerre de ce pays.

L'Impétueuse sabordée (Collection Wilfried Langry)
Il apparut très vite que le seul but des italiens était de s’arroger le plus de bâtiments français quand ils pouvaient être remis en état et de s’approprier un maximum de matériaux stratégiques dont ils avaient grandement besoin.

Un certain nombre de torpilleurs et contre-torpilleurs étaient très peu dégradés et pouvaient être remis en service rapidement. Entre mars et avril 1943, le torpilleur Trombe et les contre-torpilleurs Tigre, Panthère et Lion rejoignaient l’Italie.

Le Tigre et la Panthère, intacts, après le sabordage (Collection Wilfried Langry)
Bien évidemment, ces départs ne se firent pas sans réaction des ouvriers français qui protestèrent en ralentissant les travaux de renflouement ainsi que ceux de remise en état de l’arsenal.
En septembre 1943, lorsqu’il devint évident que l’Italie allait sortir du conflit, elle accéléra les préparatifs pour le départ de nouveaux navires français. Ainsi, le sous-marin Henri Poincaré et le torpilleur Le Hardi (FR37) furent remorqués secrètement vers Gênes. Les ouvriers français protestèrent à nouveau en arrêtant tous les travaux au profit des italiens. Ils bloquèrent ainsi le transfert des Commandant Teste, La Galissonnière, et Jean de Vienne. Une fois l’Armistice entre les alliés et les italiens connu, les allemands empêchèrent tout nouveau départ vers un port italien.


La flotte symbolique

Il fut alors convenu que toute épave de la flotte restait propriété française, du moins, en principe. Les navires rapidement réparables étaient remis en état avec des ouvriers français et confiés à la marine allemande pour la durée de la guerre. Les navires irréparables devaient être ferraillés, et les matériaux envoyés en Allemagne.

Le Dupleix a brûlé complétement, il sera ferraillé (Collection Wilfried Langry)

La Kriegsmarine proposa par la suite de restituer à l’Etat français une « flotte symbolique », constituée de bâtiments réparables, dont l’Allemagne n’avait pas besoin pour ses opérations en Méditerranée où qui demandaient un délai trop important de réparation.
Après de longues tractations, ce n’est qu’en avril 1944 qu’un accord fut trouvé. Les bâtiments de ligne Dunkerque et Strasbourg, les croiseurs la Galissonnière et Jean de Vienne, le Commandant Teste ainsi que tous les torpilleurs, contre-torpilleurs et sous-marins non réclamés par l’Allemagne étaient rétrocédés à la France.

Le Strasbourg sabordé (Collection Wilfried Langry)

Ce noyau de flotte était vraiment symbolique car le Dunkerque et le Strasbourg étaient déjà en partie démantelés, et de nombreux navires restitués étaient à nouveau au fond de la rade ou très endommagés. Tous ces navires finirent par disparaître au cours des bombardements alliés d’août 1944. Les ponts blindés du Dunkerque et du Strasbourg servirent d’abri pour les ouvriers se trouvant à proximité.


Epilogue


A la libération du port de Toulon, il ne reste rien à récupérer des navires français qui seront définitivement ferraillés. Il faudra attendre une dizaine d’années avant de voir les restes de ces navires, autrefois si fiers, disparaître sous les chalumeaux. 

Les restes du Dunkerque dans les années cinquante (Collection Wilfried Langry)


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